Si un décollage est assez aisé, bien qu’il demande parfois de prendre son courage à deux mains et de faire un mini saut dans le vide, l’atterrissage n’est pas moins difficile. Plus le voyage est long, plus il semble laborieux de ré-atterrir dans sa vie. Pendant que vous étiez au loin, dans de palpitantes (ou moins palpitantes) aventures, les autres ont poursuivi leurs existences. Le temps ne s’est pas arrêté lors de votre départ, et votre absence n’a pas laissé un trou béant dans les cœurs et journées de ceux qui vous entourent (n’en déplaise à votre égoïsme mal placé). Et si trou il y a, puisque la nature a horreur du vide, il est rapidement comblé.

A vous de le recreuser pour vous refaire une place doucement mais sûrement dans la vie des gens, à coup de signalements plus ou moins évidents - de timides « youhouh, je suis là » que vous émettez avec la mini-bêche-téléphone portable ou la binette virtuelle de facebook. Vous prenez d’ailleurs le risque du râteau en essayant de tracer de nouveaux sillons dans des vies croisées outre-Atlantique, pensant à tort que les conversations de coin de table de là-bas pourraient se transformer en amitiés ici-bas. Mais n’est pas jardinier qui veut, et la bière, qu’elle soit du Canada ou des USA, n’a jamais fait pousser autre chose que la gueule de bois.

Tout est question de rythme. Retrouver difficilement un tempo après avoir vécu sur un autre fuseau horaire sans heures fixes pour régler vos journées pendant des semaines, reconstruire un cocon, même provisoire, où se lover les soirs de pluie, rouvrir les yeux et reprendre goût au quotidien, pour peu à peu laisser le temps aux amis (ou plutôt aux Amis) de vous réapprivoiser après ces mois passés en solitaire.

Le moment vient alors de jeter aux orties la binette et la mini-bêche, devenues inutiles une fois que vous avez refait votre trou, réassemblant d’un geste lent et maladroit les pièces du puzzle de votre vie tourangelle mélangées après départ pour le lointain, pour former au retour une image semblable et différente, mouvante et rassurante.

Le dé-collage, on l’oublie parfois, suppose de re-coller quelques morceaux après l’atterrissage, pour s’arrimer sereinement aux lieux et êtres qui comptent, sous peine de ne plus vraiment revenir sur terre et de vagabonder sans attaches et sans but (et sans joie ?)…