Après deux heures de route sans avoir croisé ni âme qui vive, ni habitation, Kayenta fait son apparition. Le relais-poste et ses pompes à essence, qui ont remplace depuis longtemps les abreuvoirs pour le Poney Express, nous indiquent à S. et à moi que nous approchons du but : Shonto.

Plusieurs miles encore, une éolienne, quelques mobil homes dans des chemins de terre ou de poussière. Le centre de santé qui prodigue ses soins à la communauté navajo précède le petit lotissement où ses médecins sont logés.

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Le nº2010 nous accueille, au son des carillons agités par un vent du désert infatigable. Dans ce quasi no man’s land, la maison prend vie sous les coups de pinceau et de burin. L’art fourmille jusque sous les interrupteurs, par la grâce de Chip, médecin occupant les lieux. Rastas courtes et lunettes noires à large monture, tel un Tété noir américain âgé de quelques années supplémentaires, le vieil homme dans son désert a réussi à créer un îlot de sagesse et de création, au beau milieu de nulle part. Assis dans des vieux sièges de cinéma, le jazz-flamenco s’écoule tranquillement sous les regards statiques des statues cachées dans les recoins et des photographies placidement accrochées au mur.

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Le caléidoscope, les dés et autres jouets à ressort  attendent silencieusement sur le bar de la cuisine, titillant nos réflexes enfantins, pendant que la poêlée d’oignons, champignons, ail et gingembre  frémit d’impatience  sur la gazinière pour accompagner le riz et le poulet grillé à la sauce jamaïcaine.

Alors que la nuit tombe et que le vent redouble, la bossa nova déverse ses notes entre les pieds nus du marabout moderne artiste exilé en terres indiennes, qui battent au rythme de la nuit éclairée par la pleine lune.